« A Bucarest, les ondes de choc de la Bomba »

« A Bucarest, les ondes de choc de la Bomba», un article de Par Jean-Pierre Thibaudat | Journaliste |

la bomba à Bucarest photo dr

C’est une maison basse dans le quartier Rahova-Uranus de Bucarest, non loin du marché aux fleurs. C’est la Bomba !

« Ah vous allez à la Bomba ! »

Sans être explosif, le quartier a été salement chahuté par l’Histoire, naguère industrielle, aujourd’hui oscillant entre destructions (et donc expulsions), réhabilitations (et donc expulsions) et nouveaux édifices rutilants (certains y voient déjà un futur coin chaud de la capitale roumaine).

Cette maison qui fut une discothèque, tous les habitants du quartier -gitans pour la plupart- la connaissent. « Ah vous allez à la Bomba ! Oui on y va ». En marge d’un festival de théâtre dans la capitale roumaine, on m’avait convié à y voir « I am special ».

Rancière et les enfants

Dans la journée, le « centre communautaire la Bomba » tient lieu d’atelier de couture. On a repoussé les machines à coudre sur le côté, installé des bancs. Des enfants du quartier courent le long des travers, c’est la fête, c’est aussi leur maison. Ils connaissent bien les acteurs, ils travaillent avec eux. C’est un lieu d’enseignement permanent, d’éducation pour les adultes et les enfants, où, pour expliquer leur démarche, les animateurs et les commentateurs citent le livre de Jacques Rancière « Le Maître ignorant ».

Devant les bancs, le spectacle va commencer. Les moyens du bord (tables, chaises) tiennent lieu de décor, l’éclairage est rudimentaire.

L’anglais du ménage

L’histoire que racontent les acteurs a défrayé la chronique dans la presse roumaine : celle d’une femme de ménage devenue, via un concours, professeur d’anglais auxiliaire à mi-temps, et demeurant femme de ménage pendant le reste de son temps.

L’affaire a fait scandale. Certains ont vu là un signe patent d’un « état déplorable de l’enseignement », d’une « dévalorisation » du métier. Est-ce donc un crime qu’une femme de ménage puisse aussi enseigner l’anglais ?

Les acteurs sont de jeunes professionnels, ils font partie de « du projet Tanga » et du mouvement « L’Offensive de la générosité » (regroupant des artistes de différentes disciplines) qui travaillent dans le quartier depuis quatre ans. Bogdan Goergescu, un des animateurs du groupe, est le plus disert, mais les notions de collectif, la non hiérarchie et la non spécialisation (ils sont tous un peu acteurs, dramaturges, metteurs en scène) leur sont chères.

Moment d’art actif

Après avoir lu cette histoire dans la presse, ils ont décidé d’enquêter en se rendant dans le village de la femme par qui le scandale est arrivé. Le spectacle raconte tout cela à l’emporte-pièce. De brèves scènes efficaces, qui ne soucient pas d’esthétique mais de lisibilité. C’est diablement efficace. Ils appellent cela de « l’art actif ».
S’en suit une discussion. Bogdan explique la genèse du spectacle et profite de cette reprise de « I am special » à la Bomba pour raconter comment ce fut là le premier épisode du projet baptisé « Tournée à la campagne ».

Se réapproprier les maisons de la culture

Après la création à la Bomba, l’été dernier, ils sont allés jouer « I am special » dans plusieurs maisons de la cultures de différentes bourgades. Ces établissements, datant des années Ceausescu, en sommeil depuis des années, sont des coquilles vides. La vie culturelle a déserté ces établissements, et en matière d’éducation cela ne vaut guère mieux.

« Nous avons choisi cette histoire comme point central de notre projet pour amener à discuter de l’égalité des chances et ouvrir de nouvelles perspectives aux élèves de ces communes » dit Bogdan. Le but serait de transformer ces maisons de la culture en espaces communautaires et que les habitants se réapproprient ces lieux.

Sous la houlette de Caragiale

Les acteurs sont restés cinq jours dans chaque village. Cela ne suffira pas à réaliser leur rêve, mais c’est un début. Parmi ces lieux : Dimbovita, où la maison de la culture porte le nom du grand Ion Luca Caragiale. Ce qui est légitime puisque le père du théâtre roumain et maître de Ionesco est né là. Caragiale veille sur la Bomba.

La Bomba Rahova-Uranus – Centre communautaire, 194 Calea Rahovei, Bucarest (Roumanie)

(Remerciements à Julia Popovici et Mirella Patureau pour la rédaction de cet article)

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