LA RELEGATION DES QUARTIERS URBAINS « SENSIBLES »/France

France: La relegation des quartiers urbains « sensibles » s’approfondit 1/12/09 [FR]

mardi, décembre 1, 2009

Vue prise le 9 novembre 2007 à la cité des Bosquets, à Montfermeil (Seine-Saint-Denis). AFP/VINCENT NGUYEN

Le Monde, (daté du 01.12.09, Page 1, 2 et 19), sonne l’alarme sur la situation des Zones Urbaines Sensibles (ZUS):

Le rapport annuel de l’observatoire national des ZUS (Onzus), rendu public lundi 30 novembre, témoigne de la gravité de la situation dans les quartiers sensibles et éclaire les poussées de violence répétées, depuis les émeutes de 2005, d’une partie de la jeunesse des cités difficiles.

Il montre que, sur les cinq dernières années, avant même que la crise économique actuelle ne commence à faire effet, les gouvernements successifs n’ont pas réussi à corriger significativement les inégalités accumulées. Qu’il s’agisse de chômage, de pauvreté ou d’éducation, les ZUS demeurent des territoires relégués, en première ligne des tensions sociales.

Les données les plus préoccupantes concernent la pauvreté. Selon l’Onzus, 33,1 % des habitants des ZUS vivent en dessous du seuil de pauvreté (908 euros mensuels pour vivre) contre 12 % pour le reste du territoire. Cette proportion atteint le chiffre record de 44,3 % pour les moins de 18 ans habitant en ZUS, les premiers touchés par les inégalités de revenus.

Un peu d’infographie:

Infographie Le Monde, 1.12.09

L’effet « repoussoir » des jeunes chômeurs à capuche n’a fait que se confirmer depuis les événements de novembre 2005. On parle de génération perdue. Mais notre expérience nous apprend que, dans une situation pareille, toutes les générations présentes dans le quartier risquent d’être perdues.

Seule une approche intégrée, orientée au rétablissement des liens productifs entre les générations, les genres et les ethnies qui cohabitent la zone, serait capable de renverser la vapeur. Intégration des actions sur le quartier signifie la mobilisation des habitants dans un processus d’émancipation permanent. L’enseignement, l’habitat, l’économie, les loisirs, l’accessibilité, le contrôle social et la sécurité, etc. etc. seront graduellement appropriés par les habitants.

Ce n’est pas cequ’on a fait en France, ni, d’ailleurs, systématiquement dans les autres pays européens. Un grand effort sur l’accessibilité à l’emploi n’a résulté seulement en une baisse de 17,2 à 16,9% du chômage. Les résultats sur l’autre axe principale d’intervention, la sécurité, sont apparemment aussi insignifiants. Faute d’action ciblé sur le quartier lui-même, sur la base de ses points forts et les opportunités locales, la situation est restée stagnante, donc, alarmante.

Pourtant, la France connaît une longue tradition d’interventions sur les quartiers en crise. L’expérience, positive aussi bien que négative, ne manque pas. Depuis le plan d’Hubert Dubedout (maire socialiste de Grenoble) des années ’80, l’État s’intéresse de près aux problèmes. Pour le candidat Chirac à la présidence de la France, en 1993, la solution au problème du clivage social fut même un thème central de sa campagne. Une longue série de Délégués interministériels à la Ville s’est heurté à ce que je considère comme un manque de volonté à vraiment investir dans les laissés pour compte. Hormis des campagnes ponctuelles à les calmer. Rénovation de l’habitat en est un exemple. Mais en investissant en gros dans le béton, les frictions sociales (augmentation des loyers, déménagements) aussi bien que les chances de mobilisation sur d’autres domaines de la vie, sont négligées. L’effet de ces interventions ponctuelles est alors souvent négatif. Les espaces rénovées redeviennent vite des lieux insalubres, faute d’action intégrée avec les habitants.

Plus loin dans la même édition du Monde, le maire de Clichy-sous-Bois est interviewé:

Claude Dilain : Comme tous les maires de banlieue, je suis inquiet. Nous faisons face à un phénomène nouveau: la colère ne touche plus uniquement les jeunes, ceux qui étaient en première ligne pendant les émeutes de 2005, mais elle s’étend désormais aux adultes, en particulier aux trentenaires qui ont fait des études, se sont mariés, ont des enfants, mais sont retombés au chômage avec la crise. En 2005, il y avait un débat un peu théorique pour savoir si on se trouvait face à une émeute ou une révolte sociale. Aujourd’hui, dans certains cas, je sens qu’on est passés au stade de la révolte sociale et c’est dangereux.

Voilà, qu’un expert du terrain (Dilain était déjà maire en 2005) vient confirmer ce que je disais au début sur les générations « perdues ». Plus important encore, me semble-t-il, est son observation centrale:

Question: Comment jugez-vous l’action de Fadela Amara ?

Elle fait ce qu’elle peut, mais les effets de son plan Espoir banlieue sont invisibles sur le terrain. Je crois qu’elle commet une erreur fondamentale en pensant que Nicolas Sarkozy veut agir. Quand il vient en banlieue, c’est uniquement pour parler de vidéosurveillance ou d’immigration. Et les transports? Le logement? L’emploi? La question de fond est: veut-on simplement que les banlieues soient calmes ou veut-on résorber les ghettos? Je crois que le président a donné sa réponse: seule la sécurité l’intéresse.

Et en effet: Quand, autrefois, il y a un siècle, on avait besoin d’une masse d’ouvriers manuels dans l’industrie et dans les services et que l’état des transports nécessitait qu’ils vivent avec leurs familles près des lieux urbains de travail, l’État et la bourgeoisie ont investi dans un minimum social, hygiénique et sécuritaire, afin de pouvoir vivre tranquillement à la proximité de ces masses-là. Actuellement, le besoin d’ouvriers et de services a beaucoup diminué. La présence de ces masses-là, gène de plus en plus. Enfermés dans leurs banlieues, privés de transport facile, c’est seulement leur non-action qui est souhaitée.

Activer, émanciper, « empowering » les habitants des banlieues peut ainsi paraître risqué aux classes moyennes. Souvent, cette angoisse n’est pas consciente. Elle se traduit par exemple en xénophobie. Ce n’est pas la vraie menace, celle de devoir partager pouvoir et richesse avec les relégués urbains, mais, par exemple leur religion, la burka, le minaret qui est perçu comme telle.

J’ai développé mes observations sur le changement fondamental dans l’interdépendance entre bourgeoisie et masses urbaines dans un article sur E-Urban (en Allemand) (26 novembre 2006): Abgehängt – Die Ausgrenzung hört nicht auf (Relégué: la marginalisation n’en finit pas).

Huib Riethof, editor

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