« Les centres de la périhérie» (Quand la marge devient centre…)

Synthèse des 1-ères RENCONTRES DU RESEAU Banlieues d’Europ’Est

Introduction

Organisées en collaboration avec le réseau Banlieues d’Europe, les premières rencontres de Banlieues d’Europ’Est se sont centrées sur la région est-européenne en articulant cette réflexion à la question des centres culturels périphériques, situés à la marge des villes ou des circuits artistiques traditionnels et officiels.

L’objectifs principal des ces rencontres était de s’interroger sur ces pratiques artistiques, leurs capacités de mobilisation et d’innovation, mais aussi leurs contraintes et leurs difficultés, afin d’en dégager la spécificité. Une quarantaine d’intervenants en provenance de Roumanie, Bulgarie, Serbie Monténégro, Macédoine, Slovénie, Autriche, France ont présenté leurs expériences et ont débattu sur des sujets divers : interventions provocatrices dans l’espace urbain périphérique, lieux-projets, engagement des artistes, modes d’expression mobiles et itinérants.


L’idée de cette première rencontre était de donner la parole aux acteurs qui développent des projets artistiques dans des contextes spécifiques (quartiers, communautés, espace public, prisons, lieux alternatifs…) pour faire connaître les difficultés qu’ils rencontrent mais encore l’enjeu de ce type de projets. Notre préoccupation était de rendre visibles les expériences déjà repérées, de les confronter, de les partager afin de pouvoir créer un espaces d’échange, d’émulation pour que cet enthousiasme, cette volonté d’agir puisse se concrétiser à travers des projets communs.

Quelques constats ressorties, liés au statut de la périphérie

(la périphérie = les expressions artistiques et culturelles, situées à la marge des villes ou des circuits artistiques traditionnels et officiels.)

– Le statut périphérique implique les notions de précarité, fragilité mais aussi d’expérimentation, improvisation, innovation, participation, implication, investissement personnel et financier… Les fonds pour les projets/les lieux de création “périphériques” proviennent essentiellement des centres culturels étrangers ou des fonds européens. Il y a souvent peu d’argent pour payer les équipes, les frais de fonctionnement des structures. Il faut trouver l’argent pour faire fonctionner les lieux au minimum. Cette recherche de fonds qui doit permettre de rester indépendant occupe du temps, au détriment de celui de la création. La fonction de l’artiste se transforme souvent dans celle de manier et de relier financièrement le centre à la périphérie.


– La périphérie relève de l’indépendance, de la liberté de création et de manifestation


– La périphérie est souvent identifiée comme un discours critique (perçu comme déstabilisateur/antisocial… de la part des officiels). Elle critique les aberrations du système, de la société de consommation, de l’hégémonie de la culture officielle/élitiste… Dans ce contexte, la périphérie dénonce souvent le centre en utilisant ses moyens. Les réactions des officialités face à des initiatives artistiques, comme le projet „Anthologie de la poésie roumaine au mur » à Petrila ou l’exposition sur Etienne le Grand à H’art Gallery, montrent et dénoncent l’opacité et le manque d’éducation culturelle des autorités.


– Démarches spécifiques : déterritorialisation de l’art, transformation du public en populations, prise de conscience sociale des artistes.

– Capacité de renouvellement, de régénération. Le système artistique et culturel se renouvelle toujours par les marges.

Questions ouvertes:

– Le rapport entre l’argent et la liberté/indépendance, subvention /subversion ou comment préserver l’autonomie de ces lieux-projets tout en assurant leur financement?


– Un enjeu fondamental pour les années à venir sera comment travailler cette question de relation entre le centre et la périphérie, pour que l’un ne soit pas exclu par l’autre et qu’une perméabilité s’installe entre les deux.


– L’apparition d’un processus complexe assez nouveau est l’accompagnement des populations dans la mise en forme de leurs propres représentations : un travail qui demande des moyens et aussi de la responsabilité de la part des artistes et des structures impliquées.


– Du point de vue culturel, la périphérie est devenue synonyme de la diversité et cette richesse est essentielle aujourd’hui. Mais il est important que cette richesse culturelle de la périphérie puisse se manifester, qu’elle ait les moyens d’émerger pour questionner, interpeller les systèmes figés, traditionnels/traditionalistes du centre.


– Le rôle des artistes dans une société, non pas comme supplément d’âme mais comme artisan de l’imaginaire, est révélateur : ils sont les moteurs à changer les mentalités.


– Comment un contexte politique oblige les artistes à repositionner leurs actions, dans un réseau multipolaire ?


– Comment activer la création artistique/culturelle dans un contexte moins ou non institutionnalisé et plus proche du contexte de la vie réelle ?

Questions fondamentales:

1. Que veulent transmettre ces centres de la périphérie, quel est leur message?


Dans plusieurs cas, la notion de périphérie ne traduit qu’une étape transitoire, sur un chemin évolutif dont le vrai but est de (re)venir au centre, de s’institutionnaliser, de se légitimer. En ce cas les acteurs subissent leur état périphérique en tant qu’ils sont débutants ou jeunes ou n’ont pas les moyens optimums de s’exprimer. Dans d’autres cas, le positionnement périphérique traduit une vraie réflexion et une manière d’agir et de réagir assumée. Le travail sur la notion de la périphérie est essentiellement différent lorsqu’on parle de la périphérie „de conjoncture” ou de la périphérie „assumée”.


2. Comment ces projets, ces artistes, ces lieux à la périphérie sont représentés dans les circuits d’information (rapports officiels, études, mass media, etc.) Quel est leur niveau de représentativité dans la culture d’un pays?

Quelques remarques sur le sujet des rencontres:

“La périphérie n’a que 10% du débat.” (Dan Perjovschi)

– “… la périphérie c’est le révélateur complet de l’inégalité sociale, que ce soit à l’Est ou àl’Ouest » (Jean Hurstel)

– „Il est difficile de faire une culture non-élitiste car je suis éduqué et formé pour faire de la culture de salon” (Matei Bejenaru)

– “Nous sommes à la périphérie et nous utilisons les moyens du centre. L’artiste est donc celui de la frontière.”(Jean Hurstel)

– „L’art c’est l’est de la société” (Dragan Protic)

– „La démocratie c’est la faculté d’inventer des réponses nouvelles” (Jean Hurstel)

– “L’art c’est pour faire exister. » (Fikri Tallih)

– « L’art de l’avertissement” (Aleksandar Brkic)

– “L’artiste est celui qui génère des modalités de sociabilités” (Matei Bejenaru)

– “…ce qui compte c’est l’amour, que l’on a peur d’évoquer et c’est cet amour qui relie le centre et la périphérie”. (Cristi Puiu sur ses “6 histoires d’amour de la périphérie de Bucarest ».)

– «Nous sommes ici (en Roumanie) à la périphérie de l’Europe, et ça c’est aussi important de le dire… » (Jean Hurstel)

Synthèse réalisée par Silvia Cazacu et Françoise Feger

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